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Des images choc captées dans un encan de bétail au Québec montrent de vulnérables veaux, des moutons et des vaches soumis à des sévices révoltants et vraisemblablement illégaux. La vidéo, tournée à Saint-Hyacinthe, montre des animaux terrifiés, meuglant et bêlant de détresse alors qu’ils sont frappés à répétition dans le dos, sur les flancs et au visage avec des bâtons.
Cette enquête d’Animal Justice lève une fois de plus le voile sur la cruauté systémique et l’absence totale d’imputabilité du gouvernement dans le secteur de l’élevage au Canada.
Mais la révélation la plus troublante ne provient pas de nos caméras : elle provient des dossiers mêmes du gouvernement.
Des documents obtenus par Animal Justice en vertu de la loi sur l’accès à l’information révèlent que des inspecteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) ont été témoins d’abus similaires dans ce même encan en 2025, le MAPAQ n’a pratiquement rien fait pour y mettre fin ou pour éviter qu’ils ne se reproduisent.
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Veaux et moutons battus dans un encan de bétail au Québec
Au début de l’année 2026, Animal Justice a documenté pendant plusieurs jours la réalité des animaux d’élevage qui transitent par l’encan. Ce type d’encan constitue un environnement hautement stressant où des animaux apeurés, souvent âgés de quelques jours à peine, sont traités comme de simples marchandises.
Les animaux y sont généralement vendus à d’autres fermes pour être élevés pour leur viande, utilisés pour la fabrication de produits d’origine animale ou la reproduction, ou encore envoyés à l’abattoir pour y être tués. Notre enquête a révélé :
- Une violence systématique : des travailleurs frappent et aiguillonnent à répétition des veaux, moutons et vaches vulnérables au visage et sur le dos à l’aide de bâtons ou à mains nues.
- Des animaux entassés : des animaux sont entassés dans de minuscules enclos sans espace pour bouger, ce qui les amène à s’agglutiner ensemble.
- Des manipulations brutales : une chèvre est empoignée et tirée brutalement par une corne, et un veau par une oreille.
- Une peur et une détresse extrêmes : des animaux terrifiés meuglent, bêlent, courent frénétiquement et cherchent désespérément à se mettre à l’abri des coups.
- Un environnement macabre : des carcasses d’animaux morts et ensanglantés ainsi que des taches de sang sont visibles sur le site de l’encan.
- Des sévices révoltants : non-respect de certaines des rares protections juridiques accordées aux animaux d’élevage au Québec.
Animal Justice a déposé une plainte formelle auprès du MAPAQ accompagnée de preuves flagrantes de ces manipulations abusives. Pourtant, rien n’indique que le gouvernement provincial ait pris des mesures significatives pour tenir cet encan responsable de ses actes ou pour empêcher que ces maltraitances ne se poursuivent.


Inaction à répétition : ce que les inspecteurs du MAPAQ ont vu en 2025
Animal Justice a soumis des demandes d’accès à l’information afin de savoir ce que les inspecteurs provinciaux avaient fait – si tant est qu’ils aient fait quelque chose – concernant les conditions et les manipulations abusives constatées à cet encan. Les dossiers que nous avons reçus sont accablants.
Selon un rapport d’inspection officiel daté du 9 juin 2025, des inspecteurs du MAPAQ ont personnellement constaté et documenté des gestes de maltraitance abjects, et ce avant même qu’Animal Justice ne prenne connaissance des horreurs qui s’y déroulaient :
« La manipulation des animaux est non conforme. Manipulations inappropriées des animaux. Employé observé dans l’aire de réception avec l’utilisation d’une force abusive avec le bâton avec les petits veaux (coups dans l’intérieur des côtes) et avec les bovins adultes (coups à la tête). Manipulations inappropriées des animaux. Employé à l’enclos de vente utilise un bâton muni d’un fouet et l’utilise de manière abusive. […] »
Les dossiers gouvernementaux de 2025 ont également révélé :
- Un entassement des animaux inacceptable : les enclos d’attente avant la vente pour les moutons ont été considérés non conformes, la densité d’animaux y étant jugée « trop élevée ».
- L’absence d’isolement pour les animaux malades : deux moutons faibles et atteints de boiterie ont été laissés sans soins au sein d’un troupeau entassé au lieu d’en être isolés, comme l’exige la loi. Les inspecteurs ont plutôt observé et documenté la scène alors que l’expédition des deux animaux souffrants vers un abattoir a été approuvée.
Bien que les inspecteurs du MAPAQ aient été témoins de sévices flagrants et qu’ils les aient consignés dans des rapports, le ministère ne semble avoir pris aucune mesure pour y mettre fin ou éviter qu’ils ne se reproduisent.
La racine du problème : l’industrie dicte ses propres règles
Comment est-il possible que, malgré la constatation de gestes odieux commis dans cet encan en 2025, et la réception d’une plainte accompagnée d’images prises dans ce même lieu en 2026, aucune action significative n’ait apparemment été entreprise par les autorités gouvernementales?
C’est le résultat prévisible découlant d’un système défaillant où l’industrie de l’élevage est autorisée à écrire ses propres règles, et où le ministère chargé de protéger les animaux est manifestement en conflit d’intérêts.
Au Québec, comme dans le reste du Canada, le bien-être quotidien des animaux de ferme n’est pas régi par des normes de soins légalement contraignantes et rigoureuses adoptées par le gouvernement. Le gouvernement a plutôt délégué sa responsabilité à un organisme privé dirigé par l’industrie, le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage (CNSAE). Suivant ce modèle, ce sont les entreprises mêmes qui profitent de l’élevage industriel qui décident du niveau de souffrance animale jugé acceptable.
À cet échec réglementaire s’ajoute un conflit d’intérêts structurel au sein de la surveillance gouvernementale :
- À l’échelle provinciale, le MAPAQ a le mandat de promouvoir la croissance économique, la rentabilité et la compétitivité du secteur agricole, tout en étant l’organisme chargé d’appliquer les lois provinciales en matière de bien-être animal dans les fermes et les encans.
- Au fédéral, le ministère de l’Agriculture (Agriculture et Agroalimentaire Canada) et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) ont pour mandat de promouvoir le commerce agricole, la croissance de l’industrie et la compétitivité à l’exportation, tout en étant simultanément chargés de réglementer et d’appliquer les lois canadiennes – déjà faibles et minimales – sur le transport et l’abattage des animaux.
Lorsque l’industrie est autorisée à écrire ses propres règles – décidant des pratiques acceptables peu importe la souffrance qu’elles engendrent – et que la promotion économique ainsi que la protection des animaux relèvent de la même autorité gouvernementale, le bien-être animal est systématiquement sacrifié. En traitant le bien-être animal comme une simple variable à balancer avec l’efficacité, la stabilité commerciale et le profit, et en permettant à l’industrie de déterminer le degré de détresse tolérable, même des maltraitances flagrantes et documentées restent impunies.

Agissez : exigez de véritables lois de protection animale et une surveillance indépendante de l’industrie de l’élevage
Au Québec, et dans tout le Canada, les animaux d’élevage ne bénéficient de presque aucune protection juridique. Les règles de base existantes sont complètement ignorées par l’industrie et balayées sous le tapis par des organismes gouvernementaux en situation de conflit d’intérêts.
Dans bien des cas, des actes qui sont considérés comme de la cruauté criminelle s’ils sont infligés à un chat ou à un chien deviennent parfaitement légaux lorsqu’ils sont commis sur des vaches, des poules ou des porcs.
Cette défaillance réglementaire place le Canada loin derrière d’autres juridictions qui ont reconnu la nécessité d’une protection juridique réelle pour les animaux d’élevage. Le Royaume-Uni, l’Union européenne (UE), la Nouvelle-Zélande et plusieurs États américains ont adopté des lois imposant des normes minimales de bien-être animal et des mécanismes d’application crédibles. L’UE dispose d’un commissaire à la santé et au bien-être animal et le Danemark a créé un ministère de la Nature et du Bien-être animal qui reprendra les responsabilités relatives au bien-être animal auparavant confiées au ministère de l’Agriculture.
Le Canada ne peut continuer à laisser le renard garder le poulailler. Animal Justice réclame une refonte complète de la protection des animaux de ferme au Canada, telle que décrite dans le rapport Towards a National Framework for Farmed Animal Protection, publié conjointement par Animal Justice et d’autres grands organismes de protection animale.
Nous avons besoin de lois fédérales et provinciales exhaustives sur la protection des animaux, d’organismes de normalisation indépendants, à l’abri de l’influence de l’industrie, ainsi que d’inspecteurs publics spécialisés relevant d’un commissaire au bien-être animal indépendant – et non associé à un ministère de l’Agriculture.
Joignez-vous à nous pour exiger que le gouvernement adopte de véritables lois exécutoires et instaure une surveillance indépendante pour protéger les animaux de ferme.



